Le premier ministre admet que ses nouvelles politiques environnementales feront grimper les émissions à court terme, tout en défendant un ambitieux projet de pipeline vers la côte ouest.
Les émissions de GES du Canada seront plus élevées que prévu, reconnaît Mark Carney
Le premier ministre Mark Carney reconnaît que les récents changements apportés par son gouvernement en matière environnementale entraîneront une hausse des émissions de gaz à effet de serre (GES) du Canada par rapport aux prévisions établies sous le gouvernement précédent.
Depuis son arrivée au pouvoir, le gouvernement Carney a notamment annoncé l’abolition de la tarification carbone pour les consommateurs, l’assouplissement de certaines normes visant les entreprises et son appui à un nouveau projet de pipeline reliant l’Alberta à la côte ouest.
Ces décisions avaient déjà suscité des inquiétudes chez plusieurs experts, qui doutaient de la capacité du Canada à atteindre ses objectifs climatiques, notamment celui de réduire de 40 % les émissions de GES par rapport au niveau de 2005 d’ici 2030.
Ottawa continuait toutefois d’affirmer vouloir atteindre la carboneutralité d’ici 2050. Dans une vidéo publiée mardi, Mark Carney a cependant reconnu pour la première fois que les changements apportés par son gouvernement feront augmenter les émissions dans les prochaines années comparativement aux projections du plan climatique précédent.
Dans le deuxième épisode de sa série vidéo intitulée Ligne de conduite, le premier ministre explique que les politiques climatiques héritées du gouvernement de Justin Trudeau reposaient sur de bonnes intentions, mais qu’elles ne seraient plus adaptées aux réalités actuelles.
« Les certitudes du monde de 2015 ont disparu », soutient-il, évoquant les tensions géopolitiques et économiques qui touchent désormais le Canada.
Mark Carney assure néanmoins que son gouvernement demeure engagé dans la lutte contre les changements climatiques. Il estime toutefois que le plan de son prédécesseur coûtait trop cher aux Canadiens, divisait le pays et risquait d’éloigner certains partenaires économiques.
Un nouveau pipeline vers la côte ouest
Le premier ministre défend notamment la construction d’un nouveau pipeline reliant les sables bitumineux du nord de l’Alberta au sud de la Colombie-Britannique.
Le projet, qui devrait suivre en grande partie le tracé actuel du pipeline Trans Mountain, transporterait jusqu’à un million de barils de pétrole par jour vers un port en eau profonde de la côte ouest.
Selon le gouvernement de l’Alberta, les travaux pourraient débuter entre 2027 et 2029 et être terminés vers 2032 ou 2033.
Mark Carney affirme que cette infrastructure permettrait de renforcer l’économie canadienne, de soutenir les investissements et de créer des emplois partout au pays.
« Tant que l’économie mondiale dépendra des énergies conventionnelles, la plus grande partie possible de cette énergie devrait venir du Canada », affirme-t-il, ajoutant que le pétrole canadien doit être produit de manière responsable et avec un objectif de réduction graduelle des émissions.
Le premier ministre estime que le projet pourrait générer plus de 200 milliards de dollars en nouveaux investissements directs au Canada et créer au moins 175 000 emplois.
Une facture largement publique
Le coût du projet est évalué entre 35,2 et 43,7 milliards de dollars, selon les documents soumis par l’Alberta au Bureau des grands projets, un organisme fédéral chargé d’accélérer la planification des infrastructures jugées d’intérêt national.
L’entreprise Pembina Pipeline a exprimé son intérêt pour le projet, mais sa participation financière initiale ne représenterait qu’environ 10 % du coût de construction. Elle pourrait éventuellement acquérir une participation additionnelle de 10 % une fois l’oléoduc terminé.
Le reste du financement proviendrait principalement de fonds publics, notamment du gouvernement fédéral, du gouvernement de l’Alberta et de la Corporation Trans Mountain, une société d’État.
« Ce n’est pas une dépense fédérale, mais un investissement », a déclaré Mark Carney.
Un accord avec la Colombie-Britannique
L’annonce survient alors que le gouvernement fédéral a conclu une entente avec la Colombie-Britannique afin de maintenir le moratoire sur les grands pétroliers dans le nord de la province.
Ce moratoire interdit notamment aux pétroliers transportant de très importantes quantités de pétrole brut de s’arrêter ou d’effectuer des opérations de chargement et de déchargement dans cette zone maritime sensible.
Le premier ministre de la Colombie-Britannique, David Eby, a salué le maintien de cette interdiction.
« Le fait que le moratoire soit maintenu, respecté et réaffirmé par le gouvernement fédéral dans cet accord est une victoire significative pour la Colombie-Britannique », a-t-il déclaré.
David Eby a toutefois précisé que sa province ne possède pas le pouvoir d’empêcher la construction d’un pipeline relevant de la compétence fédérale. Il a assuré que la Colombie-Britannique respecterait ses obligations constitutionnelles, notamment en matière de consultations avec les Premières Nations.
L’entente conclue avec Ottawa prévoit également plusieurs investissements majeurs en Colombie-Britannique, dont 3 milliards de
dollars pour le remplacement du tunnel George-Massey, 3,5 milliards pour les phases 1 et 2 de la ligne de transport d’électricité de la côte nord, 500 millions pour l’extension de la mine Red Chris et 10 milliards pour l’agrandissement du terminal de conteneurs de Roberts Bank, à Delta.
Ottawa prévoit aussi consacrer plus de 630 millions de dollars à la création de places abordables en garderie dans la province.
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