
À l’approche du 1er juillet, Ottawa devrait éviter une rupture de l’accord commercial nord-américain, mais les négociations avec Washington s’annoncent longues, tendues et lourdes de conséquences pour l’économie canadienne.
Le 1er juillet marque une étape déterminante pour l’avenir de l’Accord Canada–États-Unis–Mexique (ACEUM). Une première rencontre trilatérale par visioconférence est prévue dès mercredi afin d’amorcer les discussions entre les trois partenaires nord-américains.
Selon Louis Hamann, ancien directeur des communications du ministre des Affaires étrangères, le Canada devrait franchir cette première échéance sans difficulté majeure. Il estime toutefois que les véritables défis commenceront par la suite, alors que les négociations entreront dans une phase plus délicate.
D’après lui, trois scénarios sont actuellement envisagés : le renouvellement de l’accord pour une nouvelle période de 16 ans — une option déjà rejetée par Washington —, une rupture complète de l’ACEUM, ou encore une révision annuelle de l’entente pendant dix ans. C’est cette dernière possibilité que M. Hamann considère comme la plus probable.
« La bonne nouvelle, c’est qu’on devrait réussir à préserver l’ACEUM. La moins bonne, c’est que le maintien de cette entente ne réglera pas, à lui seul, les difficultés économiques du Canada », résume-t-il.
Même si l’accord est maintenu, plusieurs différends commerciaux demeureraient irrésolus. Les droits de douane imposés sur l’acier, l’aluminium, les automobiles et le bois d’œuvre continueraient de peser sur les entreprises canadiennes. Louis Hamann s’attend également à une intensification des pressions de l’administration américaine dans les semaines à venir.
« Attendez-vous à davantage d’intimidation, de pression et de déclarations musclées de la part de Washington pour pousser le Canada à accepter un accord », prévient-il.
Une révision annuelle de l’ACEUM pourrait offrir une certaine continuité, mais elle risquerait aussi d’entretenir un climat d’incertitude permanent. Selon M. Hamann, cette perspective plongerait les trois partenaires dans un cycle de négociations quasi continu.
« On retomberait dans une négociation perpétuelle. Or, ce qui nuit le plus à l’économie, c’est l’incertitude. Les entreprises ont besoin de stabilité pour investir, embaucher et planifier leur croissance », explique-t-il.
Sur le plan politique, le premier ministre Mark Carney devra également composer avec une pression croissante. Des fermetures d’entreprises ont déjà été observées dans plusieurs secteurs touchés par les tensions commerciales, et les attentes envers son gouvernement continuent de grandir.
« Les Canadiens vont finir par vouloir des résultats concrets en lien avec les engagements et la vision que M. Carney présente depuis son arrivée au pouvoir. Cette pression viendra inévitablement compliquer sa marge de manœuvre », estime Louis Hamann.
À ces enjeux commerciaux s’ajoutent plusieurs dossiers internes sensibles, notamment le projet d’oléoduc en Alberta, la tenue d’un plébiscite dans cette province en octobre ainsi que la perspective d’une élection au Québec où la question référendaire pourrait occuper une place importante.
Dans ce contexte, le gouvernement fédéral devra gérer simultanément des défis économiques, commerciaux et politiques, alors que plusieurs indicateurs laissent déjà entrevoir un ralentissement de l’économie canadienne.

